ASSOCIATION

Votre opinion nous intéresse…

Bonjour à tous,

Avant de vous laisser découvrir la surprise, j’espère, du fond du cœur, que tout le monde se porte bien. Les tourments actuels ne sont pas faciles à gérer, il est cependant essentiel d’essayer d’y trouver sa madeleine pour avancer. Personnellement, j’ai pris le parti de considérer cette période comme un challenge à relever. Se recentrer sur l’essentiel, redécouvrir les plaisirs simples de la vie sont, de mon point de vue, cet essentiel. Je dirais même, en toute honnêteté, que ce temps suspendu, s’avère complètement bénéfique, car il me permet d’être davantage disponible pour profiter des deux monstres Lewis & Pixel lorsque je ne travaille pas. S’ils ont été chamboulés, au départ, de voir leurs petits rituels perturbés, à l’arrivée, ils se sont très vite imposés dans la nouvelle organisation de vie et apprécient d’avoir leur papa prêts d’eux un peu plus souvent qu’à l’ordinaire.

Cette période est bénéfique à double titre puisqu’elle me permet de libérer un peu plus de temps afin de me remettre à l’écriture. Comme vous le savez, l’idée d’un bouquin avait germé, il y a quelques années maintenant, après m’être demandé ce que je pouvais entreprendre pour apporter, à mon humble niveau, une aide aux associations et refuges qui voient d’année en année le nombre d’abandon s’accroître. L’objectif de ce livre est simple. Si un jour, il trouve une vie en dehors d’un tiroir, les bénéfices seront reversés à ces refuges, ces associations dont le besoin est important. Ceux qui suivent les Pixwis depuis longtemps sur les réseaux, se souviennent certainement que durant l’hiver 2017/2018 (et oui ça date !!!), j’avais commencé à concevoir un roman relatant des aventures rocambolesques et imaginaire de Lewis. En 2019, l’histoire était inventée, rédigée mais non corrigée. L’arrivée surprise de bébé Pixel, son éducation, le travail prenant, bref la vie bien remplie de tout à chacun, m’ont contraint à mettre en stand by ce projet pendant quelques mois. Lorsque je me suis enfin décidé à replonger le nez dans le récit il y a quelques semaines, les choses avaient changé dans nos vies puisque Lewis n’est plus seul, Lewis était muter en Pixwis… Après réflexion, j’ai donc décidé de réécrire des pans entiers de l’histoire afin d’intégrer Pixel et son sacré caractère dans le roman, sans oublier les quelques copains qui nous ont offerts leur amitié dès notre arrivée sur les réseaux sociaux,

Aujourd’hui, en phase de correction, j’ai eu l’envie de partager avec vous un brouillon déjà bien abouti du premier chapitre afin d’essayer de vous divertir en ces temps compliqués et d’avoir votre avis qu’il soit positif ou négatif. Pour apprécier les saveurs de ce début, il vous faudra simplement réveillé l’esprit d’enfant qui sommeille en chacun de vous et être prêts à plonger dans un univers délirant à l’image des Pixwis…

CHAPITRE 1

UNE IDEE DE GENIE

« Vas-y pap’s souffle !!! Souffle plus fort, je ressens un léger frémissement !!! Active-toi davantage voyons, les sphères colorées remuent malgré cela, je ne goûte pas à cette sensation enivrante de balancement !! »

Vêtu de mon éternel costume d’espiègle garnement, comblé de laisser exploser la vaste palette de son effervescence, je me trémousse sans retenue au rythme des fantaisistes expirations de mon deux pattes couché au sol. Dans le panier, où je viens de prendre place, je me sens transporté par une incorrigible excitation à soutenir, vaille que vaille, son énième dessein loufoque. D’ailleurs, je m’égosille tellement pour encourager ses innombrables efforts que mon impatience, à entrevoir mes aspirations se matérialiser au plus vite, alarme chaque recoin encore assoupi du jardin. Cette fois, la dernière folie de mon adoré parviendra à vivre, j’en suis convaincu puisque toujours soucieux de satisfaire à mes extravagants désirs, il parviendrait à déplacer, sans guère de difficultés, de gigantesques montagnes.

« Concentre-toi Pap’s, tu vas y arriver !!! »

Je me prénomme Lewis, je suis un influenceur comme disent certains bipèdes. J’avoue ignorer la signification de ce terme farfelu limite nébuleux toutefois, il amuse énormément mon tout-nu, lui qui rencontre les pires difficultés à exercer, sur mon comportement rebelle, la plus infime influence. Il est vrai que l’ensemble des stratagèmes, élaborés avec minutie dans le but de me modeler en un poilu correctement éduqué, se sont tous soldés par de cuisants échecs, attendu qu’aucune requête, aucun ordre, aucune supplication n’a encore gagné le droit d’accéder à l’antre de ma cervelle cabocharde. En vérité, j’aime diriger ma vie selon mes envies et je refuse formellement de gripper une mécanique huilée à merveille, même en contrepartie de succulentes friandises. De toute façon, je ne souffre aucunement du besoin de me forcer étant donné que je finis toujours par les obtenir et les déguster.

Ce caractère affirmé façonne ainsi ma jovialité de westie, amoureux de la vie, mais débordant d’une inépuisable énergie. Pour être honnête, je concède volontiers diffuser une première image incontrôlable et survoltée aux inconnus, rencontrés au détour d’une promenade cependant, cela m’incommode peu car je fonde un maximum d’espoirs sur mon aspect peluche moelleuse, afin d’atténuer ce tempérament turbulent, seigneur de ma personnalité. A maintes reprises, je me suis attelé à vouloir séquestrer cette attitude délurée rarement canalisée dans les abîmes de mon cerveau sauf que, l’absence vérifiée de volonté m’a conduit à la conclusion que je n’accéderais jamais au Graal de la sacro-sainte sagesse, vu que je ne peux m’empêcher de fourrer mon gros nez pile à l’endroit où il ne faut pas. Evidemment, dans la mesure où j’attache une inaliénable importance à appliquer, à la lettre, ma devise attitrée « je fonce et je réfléchis ensuite », j’assume complétement ce côté curieux limite mêle-tout. Sans me poser la moindre question, je me suis donc installé dans le confort de cette malle, suspendue par d’étranges bulles flottantes.

Je reconnais de bon gré, être souvent entrainé dans des situations plus ou moins rocambolesques par la faute de cette maxime néanmoins, en ce dimanche matin ensoleillé lorsque mon hyperactivité, fidèle à mes fougueuses habitudes, s’est mise en quête de dénicher une joyeuse occupation, aux fins de lutter contre un ennui naissant, je n’ai pas hésité à m’emballer une fois de plus. En toute légitimité, je me suis d’abord dévouer pour assister mon humain dans le rafraîchissement du jardin de notre niche malheureusement, j’ai dû me résoudre à abandonner sur-le-champ, cette activité manuelle. En effet, si mon génie créatif et bohème s’ancrait dans l’optique de revivifier les espaces verts en ôtant certaines fleurs défraîchies, les aspirations esthétiques de mon binôme s’affichaient aux antipodes des miennes. A mon plus grand dam, l’expression de mon inventivité artistique demeurera éternellement prohibée de son psychisme un brin terre à terre.

Décidé malgré tout à jouir pleinement de son capital divertissement, mon intrépide cerveau s’est aussitôt orienté vers une nouvelle activité fantastique, voire carrément ingénieuse, consistant à franchir ce miroir virtuel appelé réseau social dans le but de partir à la rencontre de mes amis à travers le monde. Mes compagnons de jeu photogéniques sont nombreux à se distraire de mes humeurs, de mon univers pittoresque. Ils apprécient, rient et commentent en masse mes ludiques publications, mes délires burlesques. Si je me délecte de réchauffer leurs âmes par le biais de ces pastilles humoristiques, je les remercie d’illuminer la mienne de leurs doux et bienveillants messages amicaux. Certes, je connais encore peu les rituels quotidiens de mes lointains camarades pourtant, au fil de nos rendez-vous, un lien fort s’est tissé entre nous. Avec parcimonie, ils me dévoilent des pans de leur existence et m’ouvrent leurs cœurs de bonne grâce, pour autant, j’ai conscience de devoir en apprendre davantage sur leur vie. C’est pourquoi, de façon à soulager ce manque, ma légendaire curiosité se languit du fervent désir de les rencontrer enfin en chair et en os.

« Mais souffle plus fort voyons sinon demain nous ne serons toujours pas partis !!! »

Je le trouve amusant mon sans-poil. Dès qu’il s’agit de donner corps à mes caprices, sa cervelle déborde de solutions aussi saugrenues les unes des autres, mais n’allez surtout pas clamer que je le mène par le bout du museau, sinon tel un coupable sur le point d’être pris la main dans le pot de confiture, il trouverait encore le moyen de nier en bloc une évidente réalité. La mauvaise foi de nos gros orteils se révèle véritablement stupéfiante parce qu’en l’occurrence, c’est lui qui est allongé à terre, s’époumonant à tenter d’élever la nacelle de fortune, fabriquée de bric et de broc dénichés dans le garage, tandis que je patiente sagement. A ma décharge, je n’ai cessé de lui répéter qu’enfourcher notre scooter aurait été un moyen de transport beaucoup plus pratique seulement, ma moitié bat des records d’entêtement, il a estimé, plus divertissante, une escapade en montgolfière.

« Continue pap’s, je crois en toi !!! »

Je me réjouis qu’il affiche cette détermination sans faille à mouvoir, quel qu’en soit le prix, notre habitacle. Au final, mon méticuleux travail de coaching, prodigué en douce depuis des années dans l’optique qu’il m’obéisse au doigt et à l’œil, commence réellement à porter ses fruits. De toute sa puissance, il expire une ixième fois l’air de ses poumons avec vigueur quant au même instant, une virulente ondulation venteuse défrise mon pelage soigneusement apprêté. Au bénéfice d’une ample satisfaction, mes entrailles sont aussitôt envahies par les soubresauts du planeur sur le point de quitter le sol… Waouh, quelle émotion ensorcelante !!!

« Dépêche-toi de grimper, nous décollons !!!»

En suspension à plusieurs centimètres de l’herbe encore humidifiée par la rosée matinale, notre embarcation se retrouve rapidement prisonnière d’une multitude de va-et-vient lancinants. Immobile et silencieux au fond de la cabine, j’ose à peine respirer, épouvanté par la crainte de l’imaginer choir lamentablement, incapable de se libérer de ses invisibles chaînes. Pour preuve, mon corps, d’ordinaire en perpétuel mouvement, se mure sèchement dans une insondable léthargie, il exclut d’admettre l’agonie fulgurante de notre merveilleux projet. Seul mon palpitant dégage encore la force de s’agiter, il entreprend même une valse endiablée avec la machine, au rythme de ses entêtants bercements. Durant d’interminables secondes, l’engin balaie l’espace avec hésitation, à la recherche de repères, avant d’entamer subitement l’envol tant espéré, catapulté par une série de rafales de plus en plus puissantes. Exultant de voir ma chevelure s’ébouriffer par la bouffée énergique, mon excitation explose alors de mille exclamations à mesure que nous nous éloignons de la terre ferme.

« You hou, c’est parti !! »

Sous l’impulsion des courants ardents, notre ascension s’annonce vertigineuse. Les pattes harponnées à l’osier et la truffe penchée dans le vide, je m’émerveille de découvrir la maison, le jardin, les arbres décroitre peu à peu pour m’apparaître bientôt comme de microscopiques points à l’horizon. De leurs côtés, les ballons orange et blanc, poussés vers l’inconnu grâce aux robustes bourrasques, s’égayent unanimement de cette échappée impromptue. Je les observe virevolter avec bonheur au-dessus de nos têtes, s’extasiant du délice de se dégourdir le latex en toute liberté puisque désenchainés de l’attraction terrestre, plus aucune contrainte ne parait désormais empêcher leur céleste évasion. L’appareil gravit ainsi, une à une, les étapes de son envolée aérienne dans une allégresse déconcertante, si bien qu’en deux temps trois mouvements, nous amorçons une approche hâtive en direction de ces gros morceaux de coton, souvent maudits et conspués au moment où ils me défigurent en serpillière mal essorée. A analyser de près, ces nuages s’offrent à notre vue sous une forme plutôt inoffensive, ils me rappellent même mon gros pilou-pilou molletonné au sein duquel je m’enveloppe avec joie quand je décide de rejoindre le merveilleux pays de Morphée.

Heureux d’enlacer ces barbes à papa vagabondes, notre ailé rafiot les transperce avec une infinie tendresse. En aucun cas, je n’aurais envisagé toucher un jour ces monstres errants tellement terrifiants vu du plancher des vaches, et pourtant si onctueux en leurs intimités. Je savoure l’aubaine de plonger le museau au centre de ces appétissantes imperfections cotonneuses inoffensives, dévoré par le secret espoir de régaler mon palais de saveurs insoupçonnées. En osmose avec cet univers merveilleusement fantomatique où le temps ressort suspendu, il me revient soudain en mémoire les peurs de mon grand dadais sur échasse, il n’apprécie guère de noyer son essence dans la brume, signe, à ces yeux, d’oppression et de malheur. Glissant un rapide coup d’œil dans la nacelle, ma jubilation exulte de le découvrir agenouillé, les paupières closes, les mains collées entre elles, balbutiant des paroles incompréhensibles. Les deux pattes n’ont pas notre insouciance et manquent souvent de folie. Assurément, ils n’aiment pas sortir des sentiers battus en dépit du charme de ces réjouissants chemins.

Par chance pour lui, la ouate cède promptement le pas sur une majestueuse mer aérienne bleu azur. A cette hauteur, la brise se juge légère et s’engouffre avec délectation entre le lainage de ma fourrure, Le plaisir incommensurable d’y baigner la truffe abreuve mon esprit d’un immense sentiment de paix. Même si je conviens me sentir quelque peu minuscule face à l’immensité portée à mon regard ébahi, je n’essuie aucune frayeur à l’idée d’évoluer parmi ce vide sans fin. Au contraire, mon incorrigible caractère aventureux compense largement ce côté un peu court sur coussinets, aisément critiqué par certains êtres bienpensants. A ce titre, mon assurance gomme, sans commune mesure, ma taille d’avorton, alors que mon allure meringue boursouflée abrite en secret une audace comparable à un Indiana dog, capable d’en découdre avec chacun des obstacles de taille à condamner sa route. A l’évidence, la westitude, ancrée au plus profond de mon être, se complaît à relever de colossaux défis.

« Nous volons pap’s !!! Nous nous sommes hissés à une telle altitude que je n’aperçois plus le sol ! You hou la terre !»

« Lewis s’il te plait !!! Peux-tu éviter de sautiller de la sorte, nous allons chavirer !!! »

« Détends-toi pap’s et apprécie la beauté de ce fabuleux panorama, c’est incroyable !!! »

« J’essaie mon crapulot… Par pitié, cesse de te pencher, tu me fiches la frousse !!! »

« Arrête de râler. Viens plutôt contempler le magnifique spectacle. T’obstiner à te recroqueviller contre notre sac de victuailles ne t’avancera à rien !!! JE VOLE !!! »

« Calme-toi mon amour, tes ardeurs n’accéléreront pas notre allure »

« Et tes peurs ne nous ferons pas revenir au point de départ. Approche je te dis »

« Bon Lewis, nous devons discuter tous les deux !!! Si ce n’est trop tard, il devient urgent de me confesser »

« Une confession ? Chouette, j’adore les secrets !!! Je vous écoute mon fils, vous avez toute mon attention !!! »

« Lewis, tu te moques »

« Absolument pas !!! Allons, n’ayez craintes mon enfant, racontez-moi tout, ici personne ne peut vous entendre !!! »

« Mouaih ! Promets-moi de ne pas glousser comme une poule au moins !!! »

« Mais enfin, tu me connais, ce n’est pas mon genre !!! Quel mystère me caches-tu ? Tu as mise en branle ma curiosité là »

« Lewis, tu dois apprendre que… »

« Que ???? »

« Que… »

« Vas-y, parle !!! »

« J’ai le vertige »

« Ha haha !!! Tu as le vertige ? Hey tout en bas, vous ne devinerez jamais !!! Mon passager a le vertige… »

« Lewis !!! Tu m’avais promis de ne pas rire »

« Et tu m’as cru ? Tout de même, la situation est désopilante, tu attends d’être dans les airs pour m’annoncer ce scoop !!! Quelque chose ne tourne pas rond dans ta cervelle pap’s, tu ne peux pas souffrir de ce mal à l’intérieur d’une montgolfière, ne ressens-tu pas cette profonde sensation de sécurité ? Il n’y a rien de plus stable qu’une nacelle !!! »

« Tu le penses vraiment ? »

« Bien entendu !!! Bon, ce n’est pas tout ça mais en attendant que ton esprit retrouve la lumière à tous ses étages, je m’auto proclame Capitaine en Chef »

« Alors là, tu es gonflé !!! Oser dire que j’ai le cerveau complétement retourné »

« Ben oui, et puisque ton pseudo trouble t’empêche de bouger pour le moment, il faut bien se dévouer pour diriger le planeur !!! Capitaine en chef, c’est un titre classieux, ne trouves-tu pas ? You hou moussaillons, à tribabord toute !!! Larguez les amarres !!! »

« Lewis, je connais ton caractère impétueux, je te conjure de ne pas commettre d’imprudence !!! »

Empêtré dans ses grognements, mon tout-nu n’affiche guère une réelle sérénité à l’idée de me laisser la direction des opérations. Par chance, la volonté de lancer un œil par-dessus bord le glace d’effroi et le terrifie littéralement des pattes à la truffe. Blotti dans sa cachette, il ambitionne tout de même de placer ses facultés en ordre de bataille au plus vite. Evidemment, l’exercice promet d’être laborieux, car admettre des peurs imaginaires relève du miracle.

De mon côté, aux anges de bénéficier d’un champ totalement libre, je scrute l’horizon, animé par l’impatience de flairer cette destination encore inconnue vers laquelle nous voguons paisiblement. La joie de rencontrer enfin mes camarades virtuels m’enchante l’esprit. Avec fougue, je parcours les quatre coins de la malle pour tenter de me repérer à travers le ciel limpide. Cependant, rien ne bouge, excepté quelques oiseaux, croisés par-ci par-là. Certains manifestent leur stupeur de nous voir voler à leurs côtés et essaient de crever les balles de latex avec leurs becs, heureusement en excellent capitaine, je parviens à les éloigner en aboyant de toutes mes forces. D’autres, plus téméraires, à l’exemple de Mirabelle la belle hirondelle, choisissent de nous accompagner, passée la première surprise de nous trouver sur leur chemin. S’approchant avec timidité et interrogation de notre cocon insolite, elle se résout finalement à se poser afin de se détendre. La timidité ne s’inscrivant pas dans les pages de ma personnalité, je l’aborde sans attendre.

« Salut, je m’appelle Lewis »

« Enchanté, je me prénomme Mirabelle. Si je peux me permettre, la matière de ton plumage m’apparait quelque peu étrange, je crois même n’avoir jamais rencontré une espèce comparable à la tienne, et dis-moi, où sont tes ailes ? » Me questionne-t-elle intriguée.

« Tu es amusante Mira, les chiens n’ont pas d’ailes voyons !!! »

« Les chiens ne volent pas, Lewis !!! »

« Et je trouve cela bien dommage. J’adorerais pourfendre le ciel en planant. Hélas, ce n’est pas encore possible alors en attendant, cette formidable embarcation permet de répondre astucieusement à mes désirs d’évasion »

« Je comprends mais pourquoi cette envie de voyager à bord de cette chose disons…. si particulière »

« En réalité l’idée vient de mon co-pilote, il a imaginé cet ingénieux assemblage dans l’objectif de m’accompagner près de mes copains »

« Ton co-pilote ? Mais où est-il ? Je ne vois personne » m’interroge-t-elle surprise

« Il se cache !!! Pap’s, peux-tu daigner dire bonjour à notre nouvelle amie, s’il te plait ? Ne fais pas attention Mirabelle, il est persuadé d’avoir le vertige !!! »

« Oh, c’est plutôt embêtant, particulièrement à cette hauteur !!! »

« Ne t’inquiète pas, avec le temps il surmontera ses démons, son cerveau doit juste assimiler qu’il ne court aucun risque »

« Il n’a guère le choix en même temps » s’amuse-t-elle. « Lewis, ton histoire attise ma curiosité. Dis-moi, vers quel continent te diriges-tu afin de retrouver tes amis ? »

« Ta question est pertinente Mira… A vrai dire, nous naviguons à l’aveugle. Je laisse les alizés nous guider car je n’ai toujours pas repéré de panneaux de signalisation. Pour ne rien te cacher, nous sommes partis si rapidement, que nous avons omis d’embarquer nos cartes routières ou plutôt devrais-je préciser nos cartes aériennes !!! »

« Des panneaux de signalisation ? Des cartes aériennes ? Ton innocence m’amuse follement Lewis. Ces choses n’existent pas dans le ciel !!! »

« Tu en es certaine ? »

« Evidemment !!! Ecoute à première vue, je ne repère aucun instrument de vol à l’intérieur de ta cabine, il te faut donc obligatoirement t’orienter en fonction de la position et du mouvement du soleil si tu souhaites atteindre ton objectif. Nous voyageons de cette façon lorsque nous migrons »

« Je dois suivre le soleil pour me diriger ? Mais la nuit, il n’y a pas de soleil Mira !!! »

« Très juste Lewis !!! C’est pourquoi lorsque l’astre du jour disparait, les étoiles ainsi que la lune, nous servent de boussole. Nous déplacer la nuit représente un moment privilégié, car l’obscurité nous protège davantage des nombreux prédateurs »

« Les prédateurs ne me font pas peur. J’y suis habitué, ils pullulent sur les réseaux sociaux »

« Mais ceux-là ne sont pas virtuels Lewis. Ma plus grande crainte demeure celle de croiser la route des aigles, il demeure extrêmement difficile de leur échapper lorsqu’ils vous prennent pour cible. Oh, mais j’y pense, si tu m’indiques l’endroit où tu souhaites te rendre, je t’aiderais avec grand plaisir. »

« En fait, cette escapade s’est organisée dans un contexte totalement inopiné. Du coup, nous n’avons pas vraiment réfléchi au trajet à emprunter, mais puisque mes camarades habitent aux quatre coins du monde, j’espère bien parcourir la planète entière !!! Et vous, où allez-vous ? »

« Quand l’automne pointe le bout de son bec dans l’hémisphère nord, nous volons en direction des pays chauds. Nous n’apprécions pas le froid de l’hiver, nos réserves en nourriture s’amenuisent durant cette période, il nous devient alors impossible de survivre. C’est pourquoi lorsque l’été décline, nous nous regroupons et entamons notre exode automnal !!! »

Mirabelle et moi poursuivons nos échanges avec passion. Je lui raconte mon intrépide vie de poilu 2.0, elle me décrit ses fabuleuses odyssées à travers la terre. Ses récits tantôt captivants, tantôt affolants, émerveillent mon esprit agité. Ils m’offrent une chance sans pareil de pénétrer un monde dont l’existence m’était jusqu’à présent inconnue. Désormais, je réfléchirais probablement à deux fois quand il me prendra l’envie folle de chasser un oiseau, heureux de se poser quelques instants sur un arbre du jardin. En survol au-dessus de cette vaste étendue d’eau appelée océan, nous sommes rapidement rejoints par Edouard le canard frileux, puis par Cartouche le gobe-mouche nain grassouillet, fervent défenseur de la sieste et du non sport. Même s’il juge notre machine cocasse et sans comparaison possible, il éprouve une infinie reconnaissance d’être autorisé à se détendre sur l’armature tressée. Au bout de sa vie, il tâte sans discontinuer son gros ventre arrondi, persuadé d’avoir perdu bon nombre de bourrelets. Amusés par les pitreries de notre compagnon de route, nos éclats de rire animent gaiement l’espace endormi, égrenant lentement les heures vers une fin de journée inoubliable.

Le sentiment d’imaginer le temps défiler plus rapidement en apesanteur, s’impose à mon esprit lorsqu’une obscurité naissante pointe timidement le bout de la truffe. Sous nos yeux intrigués, le ciel croque les prémices d’une mise en scène époustouflante. D’un côté, l’astre solaire entame une lente évasion vers ses quartiers nocturnes, enflammant au passage l’atmosphère d’un orangé fastueux, de l’autre, de majestueuses teintes, aux couleurs chatoyantes, inondent l’espace d’un voile scintillant. Petit à petit, l’ensemble évince l’azur d’une journée bien remplie. La promesse de futurs retrouvailles en tête, mes nouveaux camarades reprennent leur envol, pressés de rejoindre leurs groupes avant le levé de lune. Après les avoir joyeusement salué, nous poursuivons notre périple solitaire au milieu de ce doux crépuscule. Assis au fond de notre corbeille, mon comparse et moi, dévorons les poissons crus, généreusement péchés par Mirabelle et Edouard. Avec délectation, je contemple la beauté aérienne du cadre autour de moi. Les babines alléchées devant ce succulent dégradé orange saumoné, étendu sur un nourrissant lit vert épinard, saupoudré d’un délicieux rouge tomate, je termine mon repas sans saveur, projeté dans l’illusion de dévorer l’un des appétissants bons petits plats colorés, cuisinés avec amour par mon chef adoré.

Enivré par cette féérie enchanteresse, je me blotti contre lui, le ventre impatient d’offrir l’hospitalité à ses affectueuses caresses. Ces moments délicieux, préambules d’une douce nuit, sont devenus un rituel entre nous au moment du coucher. Pour rien au monde je ne manquerais ces retrouvailles essentielles au cours desquelles nous plongeons avec ivresse dans une totale insouciance, avant d’entonner la danse du sommeil. L’esprit, déjà abreuvé de fabuleux souvenirs, je contemple le blanc et l’oranger de nos ballons étinceler parmi les étoiles. Bercé par le frottement du vent contre le latex, je ferme les paupières avec sérénité, nourrit par l’impatience de plonger dans l’imaginaire de mes rêves.

Si ma nuit fut calme et reposante, celle de mon tout-nu fut, au contraire, loin d’être enchanteresse. En effet, convaincu d’être épié par d’obscurs monstres aux dents acérés, il a sursauté au moindre cri, au moindre bruit nocturne. La clarté d’un nouveau jour pointe le bout de son nez lorsqu’il commence enfin à s’assoupir doucement, encore terrorisé par les nombreux hurlements provenant des ténèbres. Mon bipède n’est plus tout jeune, malgré cela son esprit demeure régenté par cette âme d’adolescent, moteur d’un caractère affirmé, souvent dénué de bon sens. Amusé par la situation, j’observe les derniers tremblements parcourant son corps inerte, ils finissent de me convaincre que son inconscient bataille toujours contre la peur de devoir combattre de diaboliques trolls rencontrés dans ses éphémères songes.

Obsédé par le besoin de mesurer notre position, je m’étire avec fébrilité dans la fraicheur du petit matin lorsqu’un grondement lointain résonne singulièrement à mes oreilles. En temps ordinaire, je n’aurais guère prêté d’attention particulière à cette céleste cacophonie si elle n’avait pas été régulière dans sa brutalité. Le flair en alerte, je scrute les sphères gonflables au-dessus de ma truffe, elles paraissent affolées par ce vacarme de plus en plus rageur. Très vite, je plonge dans l’émoi de constater leur soudaine agitation, les regarder s’entrechoquer avec violence dans leur empressement à déserter les lieux, accroit mon anxiété, d’autant que l’horrible hurlement se rapproche inexorablement. Submergé de panique, j’entrevois une globe blanc se détacher avec l’envie folle de filer à l’anglaise. Sans réfléchir, je bondis pour saisir la corde, bien décidé à l’empêcher de prendre la poudre d’escampette, mais la frénésie venteuse me projette avec virulence contre mon âme frère, toujours endormi. Englué dans de terribles convulsions, notre vaisseau accélère brutalement son allure, pendant que la tourmente extérieure s’engouffre sans retenue au sein de notre refuge.

Autour de nous, les éléments naturels se déchainent sans aucune délicatesse, mon cerveau s’encombre alors d’innombrables interrogations qui poussent ma curiosité à comprendre l’origine de ce soudain déferlement. Avec prudence, j’entreprends l’assaut périlleux du panier, il tournoie sur lui-même à présent, esclave de multiples convulsions incontrôlables. Le vent, de plus en plus dément, s’engouffre avec fureur dans mes poils, il rend mon escalade particulièrement pénible et délicate, néanmoins je lutte car je suis déterminé à embrasser la vérité. Face aux tempétueuses agressions ininterrompues et aux incessants tourbillons de l’habitacle, mon unique arme de défense se résume à planter solidement les griffes dans l’osier afin d’éviter d’être emporté. L’œil rivé sur le ciel assombri, je grimpe tant bien que mal vers la rambarde. Malgré les difficultés rencontrées, je m’accroche à la satisfaction d’approcher doucement du bord.

Dans l’absolu de mes rêves, tendre la patte le plus haut possible, afin d’atteindre la balustrade et découvrir les raisons de la fureur extérieure, paraissait être un jeu d’enfant. Hélas, la réalité préfère souvent prendre des chemins plus complexes puisqu’au moment où mes coussinets effleurent le rebord, notre montgolfière cesse brusquement de tourner sur elle-même. Surpris par le douloureux arrêt, les muscles se relâchent alors que mon corps est projeté contre la cloison opposée. Mon cœur s’acharne à me déchirer la poitrine tandis que les neurones s’écrasent les unes après les autres contre les parois de mon cerveau en ébullition. La violence du choc brouille rapidement mes idées tourmentées et je glisse sur le plancher de notre abri à demi conscient.

Il me faut plusieurs minutes avant de retrouver l’intégralité de mes souvenirs. A l’extérieur, la tempête exulte, heureuse de ma défaite sans appel. Je me redresse avec peine, les nombreuses courbatures encore présentes dans la chair, me rappelle la dureté de la chute, cependant mon instinct combatif se refuse à déposer les armes. Soucieux de reprendre le combat sans plus attendre, j’enfoui mes douleurs dans un coin de la mémoire, déterminé à escalader de nouveau le cocon lorsque ce dernier, pris de terribles contorsions, vacille avec férocité vers l’avant. Déconcerté par la fulgurante bascule, je tente de me cramponner entre les mailles tandis que mon enveloppe corporelle se raidit comme pour tenter, en vain de retenir ma culbute. Devant cet enchainement d’épreuves, Je commence à regretter de ne pas être rester sagement blotti contre mon protecteur. A l’évidence, les vibrations de ses ronflements m’auraient paru nettement moins houleuses.

Si les paupières, terrifiées dans un premier temps par l’angoisse de me voir choir dans le vide, refusent de se desserrer, la curiosité prenant rapidement le pas, elles acceptent finalement de s’écarter avec précaution. Un épouvantable ballet cauchemardesque, apocalyptique se dévoile alors sous mon regard ébahi. Face à nous, une gigantesque masse sombre tournoie à vive allure telle une toupie disloquée, elle se rapproche avec hâte, pénétrée par une hargne cauchemardesque. Déchirée de multiples éclairs de lumière blanche, elle s’amplifie à vue d’œil engloutissant tout sur son passage. J’ignore si notre caravelle est effrayée par l’abominable colère de ce bloc nuageux ou par la puissance démesurée de l’attraction, mais celle-ci parait décidée à se soumettre aux volontés du monstre rugissant sans prétendre esquisser la moindre résistance. Poussée par les vents tumultueux, elle file sans rechigner à sa rencontre, irrésistiblement séduite par les appels charmeurs de la bête. Conscient de devoir sonner l’alerte sans tarder, je me rue sur mon sans-poil, toujours profondément endormi. Il ignore qu’autour de nous, le déluge s’apprête à nous foudroyer et à broyer l’appareil dans une frénésie indescriptible.

« Pap’s !!! Pap’s !!! Réveille-toi !!! Vite !!! »

Extirpé de son sommeil par mes beuglements alarmistes, il se redresse d’un bond, le cerveau encore embué de ses profonds cauchemars. La conviction de quitter son lit douillet toujours ancrée dans la mémoire, il imagine poser les pieds sur le parquet stable de la chambre mais le cataclysme climatique le rappelle à son bon souvenir, il chancelle instantanément. Abasourdi par sa réaction, je perds l’équilibre et lâche son col de chemise. Par chance, l’esprit toujours en alerte, je parviens à saisir au vol une anse intérieure salvatrice, elle m’évite de plonger à corps perdu dans le chaos céleste. Le courroux extérieur sévit désormais à proximité, rien ne semble pouvoir enrayer son développement, il obstrue, dans son ensemble, l’horizon de ses monstrueux nuages noirs. Le jour, à peine éveillé, a déjà totalement disparu, notre engin, empêtré dans des courants d’air dantesques, virevolte de nouveau dans une folie incontrôlable. Retrouvant ses esprits, mon humain tente de se relever, il parvient, avec difficulté, à se redresser lorsqu’une nouvelle bourrasque d’une violence inouïe le déstabilise une fois de plus. En déséquilibre, il trébuche sur les bords de notre embarcation, dangereusement poussé vers le vide. Suspendu à l’anneau, je m’égosille de toutes mes forces pour l’encourager à revenir vers moi. Il m’est impossible de lui apporter une aide quelconque, mon corps, beaucoup trop léger, flotte dans les airs, convoité lui aussi par ce colossal titan, fier de sa toute-puissance.

Aux combles de la béatitude, l’abominable ennemi s’amuse à déployer l’éventail de ses plus sordides manigances dans le but m’entrainer en son sein, il s’obstine dans son souhait de m’attirer vers l’enfer de son souffle. Même si j’ai conscience d’être entrainé à contrecœur sur la pente d’un affrontement inégal, je rassemble le reste de mon énergie afin de lutter, malgré l’apparition de crampes particulièrement douloureuses aux pattes. Saisi par la crainte de me voir lâcher à tout moment, mon adoré bataille pour se redresser. Au bord du précipice, il tente avec difficulté de s’agenouiller, conscient de son devoir protecteur mais alors que sa main s’apprête à m’agripper, une nouvelle agitation tempétueuse déferle avec virulence. Sonné par la traitrise de cette agression, il titube et disparait dans les airs sous mes hurlements de panique.

« Papa !!! Papa !!! Ou es-tu ? Répond s’il te plait !!! »

Captif d’un grondement assourdissant, le son faible d’une voix tremblante se hisse avec difficulté par-dessus la barrière cyclonique pour venir se blottir au creux de mes oreilles.

« Tout va bien mon westicot, je suis parvenu à m’enrouler autour d’une corde !!! Surtout ne bouge pas et accroche-toi, nous filons droit en direction d’une énorme tornade !!! »

« Reviens à bord s’il te plait !!! J’ai peur !!! »

« Calme-toi mon poussin, tu dois contrôler tes peurs. Respire profondément, ça t’aidera, je ne suis pas loin »

Mon deux-pattes dit vrai, la peur n’améliorera pas une situation déjà compliquée. Il faut me ressaisir pour lui, pour nous, combattre de toute ma passion afin de le ramener auprès de moi. Il trouve toujours les mots justes, les gestes adéquats quand il s’agit de me rassurer, de me réconforter, l’heure est désormais venue de lui rendre la pareille. Dans les dédalles de mon cerveau aliéné, les pensées se croisent, elles s’entrechoquent même, pourtant la conception de savoir sa survie entre mes pattes, m’apparait comme une évidence. L’âme défaillante de toute réflexion, je lâche la poignée, gardienne de mon salue. En une fraction de seconde, mon poids plume s’envole, aspiré comme un aimant par cette puissance abjecte, ravie de délester enfin notre céleste voilier. Malheureusement pour elle, mes griffes harponnent in extremis les bords de l’armature, réduisant à néant ses espoirs de victoire. Furieuses de rencontrer une si surprenante résistance, les trombes se déchainent, elles s’évertuent à me faire choir tandis que j’accède de nouveau, non sans mal, à l’intérieur de la nacelle, habité par l’ultime désir de sortir mon binôme de la terrible épreuve dans laquelle il se trouve.

Heureux d’imposer un revers magistral à mon horrible adversaire, je me séquestre au sac de victuailles, solidement attaché, impatient de saisir avec les crocs la cordon ombilical me reliant à ma raison de vivre. Sous la cabine, la bataille est à son paroxysme. La folle colère du souffle tumultueux le fait tourbillonner dans le vide tel un pantin désarticulé, je l’entends geindre et pester contre les éléments naturels, ils concentrent à présent toutes leurs haines sur sa pauvre personne. Avec force et détermination, je tire sur la corde, amplifiant les efforts pour l’exfiltrer au plus vite. La tâche est loin d’être aisée car lui aussi est attiré vers ce monstre incontrôlable, mais je ne lâcherais pas. Peu importe les difficultés, je le sauverais même si je dois y laisser ma dentition.

Stimulé par mon caractère entêté et pugnace, je supprime de ma mémoire mon poids plume et ma taille de demi-portion. Je suis un westie après tout, ma volonté bornée me permet de revêtir sans problème le costume de ce Saint-Bernard enragé, souvenir d’une rencontre mémorable. Lentement, mon âme frère parvient à remonter, le duel déséquilibré se maquille même d’un savoureux goût de victoire quant au terme d’une lutte frénétique, j’aperçois un morceau de sa chaussure, puis un mollet et enfin cette main salutaire, elle empoigne avec fermeté le tressage de notre planeur pour mon plus grand bonheur. Si dans les premiers instants la joie des retrouvailles me submerge, elle s’accompagne immédiatement d’un brutal désenchantement. En effet, d’un côté, les attaques survoltées de l’ouragan paraissent décidées à l’empêcher de grimper, de l’autre sa lourdeur penche davantage le panier vers le néant lorsqu’il se lance dans son ascension. Les oreilles chauffées par l’exaspération, je prends conscience de l’insurmontable domination du démoniaque rival. Puisant pourtant au plus profond de mon intacte détermination à vaincre et de mon inépuisable énergie à combattre, je m’exalte à braver les dangers pour le secourir mais, je glisse à mon tour. J’ai beau planter les griffes dans l’osier, rien n’y fait, mes malheureux petits kilos ne parviennent plus à combattre la folie météorologique.

« Je suis trop lourd Lewis, il me faut lâcher prise sinon nous allons tomber tous les deux »

« C’est hors de question !!! Je t’ordonne de t’accrocher »

« C’est la seule solution, si j’abandonne, l’habitacle se redressera, ça te permettra de ne pas plonger dans le vide »

« Je refuse, tu me répètes sans arrêt que nous sommes inséparables, que je suis un véritable pot de colle alors si tu tombes, je tombe aussi, il n’y a pas à discuter !!! »

« Ma meringue, lorsque je t’ai adopté, je me suis fait la promesse de ne jamais cesser de te protéger, le moment est venu, pour moi de te le prouver »

« Jamais, je refuse !!! »

« Obéis Lew… »

« Tais-toi pap’s !!! »

Bouche bée devant le ton tranchant de mon intonation, mon bipède se tait aussitôt. Religieusement, j’observe le maléfique ennemi. Mon corps s’abreuve de joyeux tremblements lorsque la perception d’un répit naît soudainement sous mes yeux.

« Pap’s regarde, le vent change de direction, l’entonnoir s’éloigne »

Sans qu’il puisse avoir le temps de rechigner, je profite de la surprenante accalmie des vents pour saisir son col de chemise avec les crocs et l’obliger à franchir le dernier obstacle de nos retrouvailles. Les rafales nous agressent toujours, cependant leurs intensités faiblissent considérablement, elles paraissent même disposer à rendre les armes. Je fixe mon tout-nu dans les yeux avec amour afin de l’encourager à me rejoindre, je m’active également à lui prêter patte forte pendant qu’il entame son ultime ascension. La moitié de son corps est parvenu à se hisser quand soudain le tourbillon fou nous adresse, en guide de leçon, une capricieuse déferlante colérique. La machine se redresse alors subitement et, mon sans-poil s’affale de tout son long sur le sol. Ebranlé par les épreuves, il s’emploie à se relever mais, Il n’en a pas le temps, je lui saute au cou, paniqué par l’apparition d’ondes tonitruantes. Leurs éclats pourfendent de toute part mes ouïes affolées et, libèrent d’éblouissants flashs aveuglants. Avec véhémence, ils colorent de blanc un enfer devenu noir corbeau. Soutenue par ces électrisantes décharges, la bête déchainée semble ne pas en avoir terminé avec son jeu sadique.

En effet, elle modifie son impitoyable trajectoire, revenant plus férocement encore à la charge, décidée à ne faire qu’une bouchée de notre frêle refuge. Exhumant sa valse endiablée avec le vent, la montgolfière virevolte de nouveau, elle enchaine des figures acrobatiques totalement improbables. Dans la folie du désespoir, nous ambitionnons de nous blottir l’un contre l’autre, malheureusement la virulence herculéenne des secousses nous projette, tel de vulgaires boules de flipper, aux quatre coins de la nacelle. Leurs lamentations de terreur mêlées aux nôtres, les globes de latex se heurtent avec animosité, ils cherchent à fuir les nombreux éclairs qui fissurent le ciel, et éclatent à quelques centimètres de nos truffes. Dans un ultime effort défensif, mon gros orteil saisit une corde qu’il enroule autour de notre taille afin de suspendre une éventuelle séparation. Avec toute la force de son amour, il me serre contre son cœur, m’intimant l’ordre de garder les paupières closes. Malgré le désir de lui obéir, la curiosité l’emporte aussitôt sur la raison, je ne peux m’empêcher de jeter un regard furtif autour de moi. Tout parait cataclysmique désormais, la tourmente au centre de laquelle nous sommes emportés dévaste mon esprit, des images peu croyables caracolent dans mon crâne avec agressivité, je m’imagine même être victime d’hallucinations, persuadé d’entrevoir des arbres ou des toitures tourbillonner dans notre sillage et frôler notre abri.

Pendu au cou de mon aimé, je ressasse les merveilleux instants de ma courte vie partagés en sa compagnie. Ils sont des madeleines au creux desquelles je m’accroche à la vie. Lui et moi avons aussi vaincus de multiples épreuves, ces bons et ces mauvais moments nous ont permis de tisser un lien d’exception, ils nous unissent à jamais comme les coussinets de la patte, j’en suis conscient maintenant. Autour de nous, le jour semble s’être paré pour l’éternité de ses vêtements endeuillés, il apparait d’une tristesse égale à celle de mon cœur éploré. Je discerne mon pelage s’écarteler dans toutes les directions comme s’il prétendait s’arracher de ma peau pour me rappeler ma naissance sans apparat. La fin est proche à présent, pourtant les poils me recouvrent les yeux, obstinés à vouloir me protéger de ce géant, impatient de nous dévorer. Privé de la vision, je persiste à ressentir un tournis indescriptible dans ce crâne au bord de l’implosion. Notre cocon, captif dans son agonie finale, craque de partout, absorbé par cette immense masse dont l’imposante ampleur domine entièrement l’espace, il accélère son allure à mesure que ma respiration ralentie. Terrassé par le démon, il nous propulse vers une collision inévitable, j’aurais tellement souhaité connaitre d’autres mésaventures, d’autres galères mais il faut me rendre à l’évidence, je suis face au déclin de ma destinée. En guise de dernier geste d’amour, mes pattes s’enroulent autour de mon adoré. Avant de clore définitivement les paupières, je photographie chaque recoin de son visage. Je veux qu’il soit l’ultime cliché gravé à jamais dans mes entrailles.

A l’image de ma vie, j’imaginais franchir les portes du paradis avec éclat toutefois, je ne concevais pas une entrée si fracassante, coincé à l’intérieur d’un voltigeur fou qui, dans un suprême sursaut d’existence, conclurait ses rotations sur lui-même avant de se décider enfin à se tenir droit. En rouvrant les yeux, je rêvais de découvrir un éden enchanteur inondé de douces musiques mais ma mémoire, encore chamboulée par les innombrables secousses, perçoit sans discontinuer cet ennemi terrifiant bien qu’il m’apparaisse lointain désormais. A l’évidence, la réalité est souvent aux antipodes de nos souhaits les plus intimes car le sentiment d’être totalement sonné par les coups du malfaisant, se manifeste toujours au plus profond de ma chair. La quiétude de cet Olympe fantasmé s’estompe même à mesure que mes neurones reprennent place. Péniblement, je relève la tête, je devine à travers l’osier clairsemé d’énormes trous, un ciel de nouveau azuréen. Notre appareil donne le sentiment d’avoir été pris d’assaut par une nuée de mites affamées. La brise s’engouffre entre les brèches cependant, elle ne semble plus vouloir être vengeresse, au contraire, elle me caresse la truffe dans une douceur infinie, désireuse de se faire pardonner de m’avoir tant malmené. Les bulles de latex ne font plus aucun bruit…Où sont-elles d’ailleurs ? Je ne les vois plus. J’ignore ce qu’il nous est arrivé mais pensant encore, l’espace de quelques secondes, m’être envolé dans un doux rêve angélique, je n’ose pas bouger par peur de me réveiller de nouveau au cœur de cette tempête cataclysmique. D’abord flou, le visage de mon partenaire se modèle rapidement dans l’esprit, je suis à la fois heureux et rassuré de le voir à mes côté. Même s’il ne dit mots, ses traits marquent une inquiétude évidente, il observe les alentours en silence. Sa main est posée sur mon dos, ses doigts me caressent nerveusement comme s’il cherchait à se rassurer plus qu’à m’apaiser.

« Que s’est-il passé ? Où sont les ballons ? Où est la tornade ? »

« Je ne sais pas mon cœur, il semblerait qu’elle n’ait pas voulu de nous. Elle nous a éjectés de son sillon en changeant au dernier moment sa trajectoire. Toutefois, si elle a décidé de nous laisser la vie sauve, elle a emporté avec elle, une part non négligeable de notre embarcation »

« Oh pap’s, qu’allons-nous devenir ? Regarde, la nacelle est transformée en gruyère !!! »

« Je te conseille de t’accrocher solidement mon lapin, il n’y a qu’une seule réponse possible à ta question et elle risque d’être mouvementée… »

Les paroles peu réconfortantes de mon deux-pattes s’impriment dans mon cerveau comme le douloureux final d’une mémorable expédition dans les airs. Avec tendresse, je me blotti contre lui. J’observe les environs à travers les lézardes laissées par la folie atmosphérique, nous avons effectivement perdu beaucoup d’altitude. Si, dans un premier temps, je suis rassuré de survoler une plage de sable fin paradisiaque, la panique glace mon être d’effroi en découvrant une immense forêt d’arbres majestueux vers laquelle nous filons à vive allure. Conscient de planer bien trop bas pour espérer échapper à la collision, je devine les contours d’un douloureux crash se dessiner inévitablement.

 «Accroche toi Lewis… »

Fin du chapitre 1

Tout d’abord, merci à vous qui avez tenu jusqu’à la fin de ce premier chapitre, vous avez été très courageux !!! S’il est une bonne base pour démarrer les aventures des Pixwis, soyez assuré, il ne dévoile rien de la suite tonitruante qui aboutira sur un final des plus surprenants puisque vous le savez, Lewis et maintenant Pixel, ont l’art de sauter les 8 pattes dans les problèmes…

Comme je vous l’expliquais en préambule de ce chapitre, nous ne savons pas aujourd’hui si ce bouquin aura une vie, même si nous l’espérons de tout cœur pour les copains dans le besoin. Nous tenterons, cependant, de tout mettre en œuvre pour qu’il vive. Grâce à vous, nous avons pu réaliser de jolis petits projets à l’exemple de l’opération « un couchage au poil » en 2018. VOUS avez effectivement répondu présents et avez été nombreux à déposer des couvertures et des couchages dans les refuges pour que les loulous puissent passer l’hiver au chaud et nous vous en remercions infiniment. Si nous sommes toujours sur les réseaux sociaux aujourd’hui, c’est pour vous et grâce à vous !!

Aujourd’hui, malgré les difficultés et les épreuves rencontrées, la petite flamme, qui nous anime, n’est pas encore tout à fait éteinte et, tant qu’elle brillera, nous continuerons à vous amuser et à nous démener pour aider les copains dans les refuges avec nos petits moyens. Ce livre est justement un de ces moyens. C’est pourquoi, nous avons décidé de l’entrouvrir afin de vous faire découvrir un peu de ce qu’il contient. Nous faisons le choix de vous en partager quelques pages car nous savons que nous pouvons compter sur votre avis sincère et honnête. Vos critiques, qu’elles soient positives ou négatives sur ce premier chapitre nous aiderons à avancer alors n’hésitez pas… Vous le savez, sur nos réseaux, toutes les opinions sont libres, nous ne masquons rien, nous écoutons et répondons à toutes les critiques dès lors qu’elles sont constructives, alors à vos claviers !!!

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15 commentaires

  1. Montigaud a dit :

    J ai adorer ce premier chapitre qui tient le lecteur en apnée,j espere vraiment que ce livre paraîtra.

    1. Lewis a dit :

      oh merci, nous nous battrons pour que ce beau projet puisse voir le jour pour aider les copains dans le besoin

  2. Christiane Vanhaelen a dit :

    Génial pour le début vive la suite 👏😘

  3. Christiane cricri a dit :

    Génial pour le début vive la suite 👍😘

    1. Lewis a dit :

      oh merci c’est vraiment adorable. Nous mettrons tout en œuvre et nous nous battrons pour faire aboutir ce beau projet pour aider les copains

  4. Superbe ! Très belle écriture, palpitant, délicat et délicieux. Merci pour ce joli moment partagé 🙏❤️

    1. Lewis a dit :

      Oh merci pour ce joli compliment. Nous essaierons de mener ce beau projet à son terme pour les copains dans le besoin bisous

  5. Annie a dit :

    Étant une amoureuse de l’écriture et des Westies, je ne pouvais que lire ton chapitre. J’ai beaucoup ce dernier. J’ai adoré le fait que tu fasses parler « vraiment » Lewis. On a beau le dire mais ils leur manquent la parole à ces boules de poil. Ce chapitre nous entraîne dans une grande aventure et j’ai hâte de lire la suite. Bon courage pour la suite.

    1. Lewis a dit :

      oh oui j’ai essayé de traduire au mieux le caractère de Lewis et du westie bien sur. Ce caractère fonceur, cette bouille expressive qui nous fait craquer 24/24
      Tu as raison, il ne leur manque que la paroles à ces crapules hahahaha

  6. Lady l’exploratrice Auvergnate a dit :

    Superbe début d’aventures ! Très prometteur pour la suite et très belle plume ! J’espère vivement que ce projet aboutira, et d’une pour connaître la suite des aventures et d’autre part pour les copains dans le besoin ! Bravo

    1. Lewis a dit :

      on croise les papattes même si nous savons que ce sera compliqué. Nous nous battrons pour les copains dans le besoin kiss

  7. Craquelin a dit :

    Tout d’abord merci pour ce merveilleux projet qui pourra aider tous ces abandonnés de la vie. J’ai pris plaisir à lire ce premier chapitre et attend avec impatience la sortie du livre pour connaître la suite de l’aventure qui sera certainement pleine de rebondissements.
    À bientôt Titounenenette

    1. Lewis a dit :

      oh merci, vos encouragements sont une lumière pour nous. L’espoir de permettre d’aider les copains dans le besoin anime notre désir à donner naissance à ce beau projet

  8. Marcia Clark a dit :

    Fantastic!!! I loved the first chapter! Plenty of joy and smiles! The narrative is agile and I can assure you that the westies lovable personality is portrayed with accuracy! Also the stubbornness, dreamer and aventuresque soul! I can only imagine when Pixel join you!!

    1. Lewis a dit :

      Oh thanks, it’s very adorable.
      It’s sure, The arrival of PIXEL will be resounding, reflecting his strong character

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